04/05/2026

Remobiliser les publics éloignés de l’emploi : des pratiques concrètes pour agir sur le terrain

Comment remobiliser des personnes éloignées de l’emploi, souvent fragilisées par des parcours de vie complexes ? A partir des pratiques partagées lors d’un récent atelier O2R en Pays de la Loire, plusieurs leviers concrets émergent : écoute, co-construction, dynamique collective et prise en compte des freins du quotidien. 

Une trentaine de représentants des 14 projets lauréats de l’appel à manifestation d’intérêt O2R (Offre de repérage et de remobilisation) en Pays de la Loire étaient réunis le 13 mars dernier, à Nantes, pour un atelier d’échange de pratiques centré sur la remobilisation des personnes. Après le repérage des bénéficiaires (plus de 600 entrées dans le dispositif depuis fin 2024) et avant la projection vers l’emploi, les professionnels abordent cette étape indispensable en utilisant des pratiques multiples et adaptées aux réalités de terrain.

Faire adhérer les personnes au projet, sans pression

La remobilisation commence dès l’entrée dans le parcours. Les participants insistent sur l’importance de poser un cadre qui favorise une adhésion libre et éclairée

La rencontre individuelle joue ici un rôle clé : elle permet d’identifier les attentes, de clarifier les besoins et de poser les bases d’une relation de confiance. Plusieurs structures laissent ensuite un temps de réflexion d’une semaine, sans pression, avant de recontacter la personne. 

Le parcours prend ensuite forme avec la personne, dans une logique de co-construction : plan d’action partagé, identification des « vents favorables » et des freins, répartition des rôles.

On définit ensemble qui fait quoi, et surtout pourquoi.

L’utilisation d’objectifs « SMART » (Spécifique, Mesurables, Atteignables, Relevants (Pertinents), Temporellement définis) permet également de rendre les étapes concrètes et réalistes, tout en favorisant l’autonomie : la personne est invitée à formuler ses propres objectifs, et non à se conformer à ceux du dispositif.

Recréer de la confiance et valoriser les compétences

Autre levier central : le travail sur l’estime de soi, souvent fragilisée. Les lauréats O2R mobilisent pour cela une diversité d’actions, individuelles et collectives. 

Parmi les pratiques partagées : 

  • des ateliers socio-esthétiques ou de bien-être, construits à partir des besoins exprimés en entretien,  
  • des ateliers de colorimétrie ou d’équilibre alimentaire, pour reprendre soin de soi,  
  • des temps où chacun peut partager un savoir-faire, valorisant ainsi ses compétences. 

La dynamique collective est également très présente : travail en binôme ou en trinôme, projets de groupe, voire élection de délégués. Certaines structures vont jusqu’à impliquer les bénéficiaires dans des actions de sensibilisation : des participants ont par exemple conçu un jeu destiné au grand public, devenant ainsi acteurs d’une démarche de transmission. 

Ces approches permettent de recréer du lien, de favoriser la communication et l’expression des personnes, et de leur redonner une place active dans leur parcours.

Lever les freins pour permettre la projection

La remobilisation ne peut faire l’impasse sur les freins périphériques (mobilité, logement, santé…) souvent déterminants dans les parcours. 

Les professionnels développent des réponses concrètes et partenariales :

  • des ateliers en mobilité (randonnées, rallyes trottinette) pour travailler les déplacements,  
  • des visites de structures d’hébergement (CHRS, maisons relais) pour mieux appréhender les solutions logement,  
  • des partenariats en addictologie ou pour l’apprentissage du français.

L’enjeu est de stabiliser les conditions de vie pour permettre à la personne de se projeter à nouveau. 

Dans cette logique, les parcours proposés peuvent être progressifs, par exemple en alternant des semaines de remobilisation sociale et des semaines de remobilisation professionnelle, pour réintroduire petit à petit les codes et les attentes du monde du travail.

Une posture professionnelle déterminante

Au-delà des outils, c’est aussi et surtout la posture des professionnels qui fait la différence. 

Les participants décrivent une approche non descendante, basée sur l’écoute active, l’adaptabilité et la responsabilisation. Il s’agit de partir des envies et des compétences des personnes, de respecter leur rythme, tout en maintenant un cadre sécurisant. 

Concrètement, cela se traduit par :

  • un référent dédié avec des points réguliers (tous les 15 jours, par exemple),  
  • des temps de suivi en équipe pour ajuster l’accompagnement, 
  • la possibilité de travailler en binôme entre professionnels ou de passer le relais si nécessaire.

La proximité, la réactivité et le maintien du lien sont également identifiés comme essentiels pour éviter les ruptures de parcours. 

Toutes ces pratiques rappellent que la remobilisation passe avant tout par des actions concrètes, ancrées dans le quotidien des personnes accompagnées, en leur permettant progressivement de reprendre de la confiance et une capacité d’agir. 

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