22/06/2026

O2R : l’association Trajet fait le pari de « l’emploi d’abord » pour les personnes en logement précaire

Lauréate de l’appel à manifestation d’intérêt O2R, l’association Trajet déploie sur sa plateforme d’intermédiation locative (IML) un accompagnement vers l’emploi inspiré de la méthode IPS. Cette démarche vise à favoriser l’accès à l’emploi tout en encourageant le pouvoir d’agir et la remobilisation des personnes accompagnées. 

Créée en 1983, l’association Trajet intervient aujourd’hui dans les champs de l’hébergement, du logement et de l’insertion. Dans le cadre de l’appel à manifestation d’intérêt « Offre de repérage et de remobilisation » (AMI O2R), financé par la Dreets Pays de la Loire, elle poursuit une dynamique déjà engagée par le passé, par le biais du programme « Coach » autour du principe de « l’emploi d’abord ». L’idée est de partir des aspirations des personnes et de leur permettre d’expérimenter concrètement leurs projets, sans attendre que toutes les conditions soient réunies.  

Pour mieux comprendre les spécificités de ce projet, déployé sur le territoire de Nantes Métropole, nous avons rencontré une partie de l’équipe de Trajet : Emilie Mahé, chef de service, ainsi que Pauline Vinet et Maud Viemont, job coachs. 

Quel est l’objectif de votre projet « Plateforme emploi d’abord », lauréat O2R ? 

Le dispositif déployé dans le cadre de l’AMI O2R prolonge directement le programme Coach, qui avait permis d’expérimenter une première approche articulant emploi et logement auprès de personnes hébergées. Cette étape a été importante : elle a montré que l’on pouvait travailler simultanément les questions de logement et d’insertion professionnelle, en allant davantage vers les personnes. 

Avec O2R, cette dynamique se poursuit et se précise sur la plateforme d’intermédiation locative (IML). Les ménages accompagnés sont dans un parcours déjà engagé vers plus d’autonomie résidentielle, ce qui permet d’aborder la question de l’emploi de manière plus progressive et plus intégrée à leur quotidien. 

Quelle est la particularité du repérage des personnes dans votre projet ? 

Le repérage repose principalement sur les travailleurs sociaux de nos structures partenaires, qui accompagnent les ménages au quotidien. Ce sont donc des professionnels déjà en proximité avec les personnes, qui peuvent repérer, au fil des échanges, une envie de travailler, une curiosité ou un projet qui commence à émerger. 

Dans ce cadre, le travail « d’aller-vers » de nos job coachs se fait directement auprès de ces partenaires : elles interviennent dans leurs locaux, participent aux réunions d’équipe et viennent à la rencontre des travailleurs sociaux dans leur environnement de travail. 

L’enjeu est de créer une dynamique fluide entre les acteurs, avec l’idée de s’appuyer sur ce qui se dit déjà dans les accompagnements, pour ouvrir des opportunités au bon moment. 

Lorsqu’une situation est identifiée, l’entrée dans le dispositif se fait ensuite systématiquement à travers une rencontre en tripartite, réunissant la personne, son travailleur social référent et le job coach. Ce temps permet de poser le cadre, de présenter l’accompagnement et de vérifier avec la personne si elle souhaite s’y engager. Si c’est le cas, le suivi peut démarrer. 

Vous vous appuyez sur la méthode IPS pour accompagner les personnes. Quels en sont les grands principes ? 

IPS, pour Individual Placement and Support, est une méthode d’accompagnement vers l’emploi initialement développée dans le champ de la santé mentale, aujourd’hui élargie à d’autres publics. 

Son principe central est simple : partir des envies de la personne plutôt que de ses freins. Concrètement, cela signifie que l’on ne demande pas d’abord si un projet est « réaliste » sur le papier, mais ce que la personne a envie d’explorer, même si cela paraît encore flou ou ambitieux. 

L’autre élément clé est le passage rapide à l’expérience : plutôt que de longues phases de préparation, on encourage les mises en situation, les rencontres, les essais. C’est souvent là que les choses se débloquent, ou se redéfinissent. 

Quel rôle joue le job coach dans cette démarche ? 

Quatre job coachs interviennent sur ce projet au sein de notre structure. Elles occupent une place centrale dans l’accompagnement, en intervenant dès le départ aux côtés du travailleur social référent, puis en suivant la personne dans la durée. 

Leur rôle ne se limite pas à orienter vers l’emploi : il s’agit de construire avec la personne un chemin possible à partir de ses aspirations. Cela peut passer par la préparation d’un entretien, la recherche d’opportunités, la découverte de métiers ou encore l’accompagnement à des événements comme des job datings. 

Dans certains cas, l’enjeu est d’aider à franchir une première étape : envoyer un CV, répondre à une annonce, se présenter à un employeur. Ces actions, en apparence simples, sont souvent déterminantes pour des personnes qui ont peu d’expérience du monde du travail ou qui ont connu des ruptures de parcours. 

Au-delà de l’emploi, qu’apporte cette approche aux personnes accompagnées ? 

L’objectif reste bien l’accès à l’emploi ou à la formation, mais les effets dépassent souvent ce cadre. 

Pour certaines personnes, le point de départ est très concret : retrouver un rythme, oser se projeter, reprendre contact avec des structures du droit commun. Pour d’autres, il s’agit d’un premier pas vers une plus grande autonomie dans leurs démarches. 

Une femme accompagnée peut, par exemple, venir avec un projet très précis, comme travailler de nuit en usine tout en préparant son permis. Un autre peut envisager une reconversion dans la coiffure après un parcours migratoire. Dans les deux cas, l’accompagnement ne consiste pas à valider ou invalider immédiatement le projet, mais à l’explorer avec la personne, à identifier les étapes possibles, les ressources mobilisables, les ajustements nécessaires. 

C’est souvent ce cheminement qui permet aux personnes de reprendre confiance et de retrouver une capacité à se projeter. 

Quels premiers enseignements tirez-vous aujourd’hui de cette expérience ? 

Cette démarche confirme l’intérêt de partir des aspirations des personnes, même lorsqu’elles semblent fragiles ou éloignées des attentes habituelles du marché du travail. Elle montre aussi l’importance de l’aller-vers, qui est au cœur de la méthode IPS. Les job coachs ne reçoivent pas les personnes dans un bureau : ils vont à leur rencontre dans les lieux où elles se sentent à l’aise, qu’il s’agisse de leur domicile, d’une agence France Travail, d’un café ou d’un espace public. Cette proximité facilite la création d’une relation de confiance et permet souvent d’engager plus facilement les personnes dans la démarche. 

Cette approche demande du temps, une forte coordination avec les partenaires et la capacité à accepter que les parcours avancent par étapes. Elle permet de remettre en mouvement des personnes qui, sans cet accompagnement, ne franchiraient pas forcément certaines étapes. 

Elle montre aussi certaines limites. Même si l’accompagnement n’est pas centré sur la levée des freins, certaines difficultés liées à la santé, à la maîtrise de la langue, à la mobilité ou à la situation administrative peuvent rester complexes à dépasser dans le temps du projet, limité à douze mois. 

Pour autant, l’expérience confirme qu’il ne faut pas toujours attendre que toutes les conditions soient réunies pour agir. Permettre aux personnes de tester, d’essayer, de rencontrer des professionnels ou d’explorer une piste contribue déjà à renforcer leur pouvoir d’agir et leur capacité à construire la suite de leur parcours. 

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