Apprentis en difficulté à l’écrit : solutions testées dans les CFA
Trois jeunes sur dix en première année de CAP rencontrent de fortes difficultés avec les compétences de base. Lors d’un webinaire organisé le 21 mai, plusieurs CFA ont partagé des pratiques concrètes pour mieux repérer et accompagner les apprentis en difficulté avec l’écrit. Tour d’horizon d’initiatives qui cherchent avant tout à redonner confiance aux jeunes.
« Comment accompagner les apprentis en difficulté avec l’écrit ? » : tel était le sujet du webinaire proposé le 21 mai par Cap Métiers (le Carif-Oref de Nouvelle-Aquitaine) et le Cariforef des Pays de la Loire, dans le cadre du programme national de professionnalisation des OFA/CFA.
Lors de ce webinaire, les témoignages entendus ont mis en lumière une tendance commune dans les CFA : il s’agit moins de « corriger » que de sécuriser les parcours, restaurer la confiance pour permettre à chaque jeune d’accéder aux apprentissages et révéler ses compétences.
Désacraliser l’écrit
Plusieurs CFA ont insisté sur la nécessité de changer le regard porté sur les difficultés d’écriture.
L’enjeu est de désacraliser l’écrit comme ancrage de la compétence acquise.
Rachel Alvarez, directrice de l’innovation pédagogique au BTP CFA Occitanie
Pour mieux comprendre et mieux accompagner les jeunes en difficulté, le BTP CFA Occitanie a mis en place une méthode qui s’appuie sur les sciences cognitives. Les formateurs sont sensibilisés aux mécanismes mobilisés lors de la production écrite, à l’extrême concentration qu’elle exige et à la nécessité de redécouper les étapes pour accompagner progressivement les jeunes dans l’écrit.
L’intelligence artificielle comme outil de réassurance
Plusieurs intervenants ont également partagé des usages pédagogiques de l’intelligence artificielle.
Au BTP CFA 33, la formatrice Camille Franchois utilise par exemple l’application Ecrivor pour aider les apprentis à reprendre confiance dans l’écriture. Accessible gratuitement, l’outil permet aux élèves de rédiger un texte et d’obtenir un retour direct avec des suggestions de reformulations ou la mise en évidence de fautes fréquentes.
L’intérêt, selon la formatrice, est de déculpabiliser les jeunes face à l’erreur. L’outil ne produit pas un texte « à la place de » l’apprenant : il l’invite plutôt à comparer, réfléchir et choisir entre différentes propositions.
Même logique à la MFR-CFA de Brioux-sur-Boutonne, où les équipes utilisent des outils d’IA générative pour adapter les supports pédagogiques aux besoins des apprenants. NotebookLM peut par exemple transformer un contenu en bande son, en vidéo explicative ou en infographie. D’autres outils permettent d’enregistrer une partie d’un cours puis de le restructurer dans le format qui convient le mieux aux apprenants.
Une manière de diversifier les modes d’apprentissage et de contourner certains blocages liés à l’écrit.
Mieux repérer les difficultés dès l’entrée en formation
L’Institut de formation accompagnement et compétences du Pays de Montbéliard (IFAC PM) mise sur le repérage des difficultés pour mieux les accompagner. Des temps de travail sur les outils Eva et Pix sont organisés dès l’entrée en formation afin d’obtenir une première estimation des compétences.
Ces évaluations ont permis d’identifier deux profils de plus en plus présents dans les CFA : les apprenants en Français langue étrangère (FLE) et les personnes en situation d’illettrisme. Ces jeunes sont pris en charge dans des groupes spécifiques avec des formateurs spécialisés.
Pour rappel, l’outil Eva est un service public gratuit développé par l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI) qui permet d’évaluer les compétences de base, de valoriser les acquis et de repérer d’éventuelles difficultés. Il peut être utilisé en complément d’autres outils comme Frello, Gerip, Pix ou le Projet Voltaire.
Partir du métier pour construire la langue
Les apprentis non francophones sont de plus en plus nombreux également au CFA BTP d’Arles. Beaucoup rencontrent des difficultés pour comprendre les consignes ou s’exprimer. Le CFA a donc fait le choix d’un enseignement du français directement utile sur le chantier.
Notre posture, c’est partir du métier pour construire la langue.
Stéphanie Nass, directrice adjointe du CFA BTP d’Arles
Les équipes ont créé un lexique professionnel à partir de photos d’outils, associées à leur dénomination et aux verbes d’action liés à leur utilisation. Une façon d’ancrer l’apprentissage du vocabulaire dans les gestes professionnels du quotidien.
Les effets observés sont concrets : les apprentis sont plus à l’aise et prennent plus facilement la parole.