Comment l'IA bouscule le métier de formateur



Personnalisation des parcours, efficacité pédagogique, créativité : l’avènement de l’Intelligence artificielle générative offre de multiples potentialités dans le secteur de la formation. Elle soulève aussi des questions importantes sur le rôle du formateur et les méthodes d’apprentissage.

D’après Chat GPT, l’IA générative est un type d’intelligence artificielle qui se concentre sur la création de contenus réalistes en imitant des modèles de données existantes. Elle est capable de générer du texte, de l’image, de la vidéo, de l’audio, du code, etc.

Comment l'IA bouscule le métier de formateur ? Comment peut-elle devenir un assistant pédagogique au service de la formation ? C’est à ces questions que François Calvez, directeur du pôle Innovation du Cnam Pays de la Loire, et Xavier Aimé, enseignant chercheur en informatique, ont répondu lors d’une conférence organisée par le Think Tank Formation Ouest.

Selon eux, il y a trois éléments à prendre en compte quand on évoque l’impact de l’IA sur la formation : la conception pédagogique, la posture du formateur et la question de l’évaluation.

L’IA comme assistant pédagogique

L’IA fait peur. Certains enseignants et formateurs la voient comme une remise en question de leur rôle. Mais le phénomène n’est pas nouveau. L’arrivée d’internet, puis de Wikipédia, avaient déjà soulevé les mêmes inquiétudes.

Il ne faut pas craindre l’IA, prônent les deux intervenants. Au contraire, il faut s’en emparer et l’intégrer de manière créative aux séquences de formation. L'IA générative fonctionne comme un assistant pédagogique. Elle est très efficace pour personnaliser une formation, des exercices, des quiz, selon un contexte donné.

"Il faut voir l’IA comme un outil qui suggère des idées qu'on n'aurait pas eues, comme une aide instantanée. Au Cnam, on l’utilise beaucoup pour ouvrir le champ des possibles, pour aller chercher des idées disruptives. On crée par exemple des escape games pédagogiques pour lesquels l’IA nous aide à produire un univers narratif complet de façon à proposer une expérience d’apprentissage immersive et motivante." explique François Calvez. "Bien sûr, cela suppose de savoir ce qu'est un bon scénario pédagogique et d’être capable de vérifier les contenus pour rester garant du savoir", complète-t-il.

La nouvelle posture du formateur

Cette évolution invite les formateurs à repenser leur rôle, passant d'une position de détenteur exclusif du savoir à celle de médiateur ou de facilitateur. Pour François Calvez, la question à se poser doit être : "Qu'est-ce que je peux apporter aux apprenants qu'ils ne trouveront pas en ligne ? Car l'accès au savoir ne fait pas l'apprentissage."

La première chose à faire est d’entrer dans une spirale positive et de casser l’image de l’outil comme outil de triche. Reconnaître et comprendre ce que l’on peut faire avec l’IA générative, c’est être en mesure d’accompagner les apprenants dans leur pratique et les encourager à recourir à leur créativité. "J’ai l’exemple d'élèves informaticiens qui ont pu profiter du temps gagné avec l’IA sur la conception de leur projet pour quitter leur écran et aller à la rencontre d’utilisateurs", témoigne Xavier Aimé.

La question de l’évaluation

La révolution induite par l'IA générative va obliger à repenser les méthodes d'évaluation des acquis et des compétences. Pour Xavier Aimé, "il faut reconnaître son utilisation, l'accepter et examiner comment les apprenants ont interagi avec la machine". Il est également possible de recourir à d’autres formats d’évaluations, comme les projets de groupe, les exercices pratiques ou les présentations orales.

Quant à la question de l’évaluation automatisée, elle est abordée dans la proposition de règlement européen sur l'intelligence artificielle, le fameux IA Act. "Les systèmes d’IA utilisés dans l’éducation ou la formation professionnelle, notamment […] pour évaluer les personnes, devraient être considérés comme étant à haut risque, car ils peuvent déterminer le parcours éducatif et professionnel d’une personne. Lorsqu’ils sont mal conçus et utilisés, ces systèmes peuvent mener à des violations du droit à l’éducation et à la formation […] et perpétuer des schémas historiques de discrimination."

En somme, l’IA ne peut éclipser l’humain.

Pour en savoir plus

Cariforef des Pays de la Loire, avril 2024